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24/12/2014

Noël en Languedoc et Sud-Aveyron...

medium_13desserts3.jpgNoël en Languedoc (Nadal en Lengadoc) et dans toute l’Occitanie (du Pays Niçois jusqu’à la Guyenne et du Dauphinois jusqu’au Val d’Aran) est une fête composée de rites gastronomiques chargés des symboles de la religion chrétienne. Autrefois, ces traditions étaient très vivaces. Même si la mondialisation aux tendances d’acculturation anglo-saxonnes nous assaillent, nombre d’occitans ont plaisir à maintenir et transmettre ces fondements de la convivialité des Gens du Sud.

Commençons par ce que Frédéric Mistral appelait le « gros souper » ou en occitan « lo reganhon de Nadal » et les français appellent le « reveillon de Noël » : Donc, la table du "gros souper" n’est pas dressée comme celle d’un repas ordinaire. Tout d’abord, on mange ce soir-la sur trois nappes, pour honorer la Sainte Trinité et à la lueur de trois chandelles, sans doute pour la même raison.
medium_13desserts6.jpgAprès le "gros souper" qui se termine par un verre de ratafia, la maisonnée prend la route de l'église pour la messe de minuit. La porte n'était pas fermée à clef. On laissait sur la table la 3e nappe et les reliefs du repas afin que les anges et les défunts puissent se restaurer.
Les 3 nappes représentent les 3 personnes de la Trinité, le décor est éclairé de 3 bougies. A partir du plus âgé, chaque personne âgée les allument.
Les puristes disent qu'il faut 7 plats au souper de Noël en souvenir des 7 plaies du Christ crucifié.
Au dessert il faut déguster l'inévitable "estofada" "la pompe à huile"* (voir la recette)medium_pompe_20a_20huile.jpg. C'est un pain de fête préparé à la maison mais cuit chez le boulanger. Il s'agit de l'huile d'olive qu'on ajoute à la pâte confectionnée de farine, de levain, de sucre, de cassonnade et aromatisée de zeste d'orange et de citron. On la déguste trempée dans du vin cuit. Elle doit être rompue, comme le Christ l’a fait avec le pain lors de la cène.

medium_13desserts2.jpgEnsuite vient les 13 desserts (dont la pompe à Huile) qui sont souvent accompagnés de ratafia de cerises et de carthagène.
Il ne reste plus qu'à nouer les quatre coins de la troisième nappe pour en faire un baluchon et apporter aux pauvres les reliefs du souper.
D’une ville à une autre, ces 13 desserts varient, mais il y a toujours les “4 mendiants” (qualifiés ainsi à cause de leur couleur) :
Les noisettes ou les noix (symbole des Augustins)
Les figues sèches (symbole des Franciscains)
Les amandes (symbole des Carmes)
Les raisins secs (symbole des Dominicains)
Après ces quatre premiers desserts, nous trouvons suivant les villes et les familles :
Les dates (qui peuvent être farcies de pâte d’amande)
La pompe à huile
Le nougat blanc (aux pistaches)
Le nougat noir (au miel)
Les Calissons d’Aix (spécialité)
La pâte de coing ou confiture
Du raisin blanc
Le melon de Noël
Les oranges (signe de richesse)
Les melons confits (ou d’autres fruits confits)
Les pommes ou les poires
Les clémentines
Les prunes.
Les fruits sont des symboles de l’abondance des Pays occitans. Ces 13 desserts ne sont-ils pas, symboliquement, une corne d’abondance qui déverse ses bienfaits sur les convives. La corne d’abondance symbole de la profusion des cadeaux des Dieux.
Dans les 13 desserts, il peut y avoir aussi :
La galette de lait
Les gâteaux aux amandes
Du fromage blanc
Les papillotes (pour les enfants)

Parlons de la Bûche de Noël
Ne vous méprennez pas il ne s'agit pas du gâteau roulé qu'on déguste désormais sur toutes les tables mais de sont ancêtres :
Dans toute l’Occitanie, le soir du 24 décembre, on allume la bûche de Noël, qui n'est pas un gâteau mais une pièce de bois, mise à flamber le plus longtemps possible à l'image de la Lumière de Dieu.
En Guyenne et Gascogne, il fallait que cette bûche puisse flamber au moins pendant sept à douze jours, c'est-à-dire si possible jusqu'à l'Épiphanie. Les cendres étaient ensuite conservées pour protéger le foyer et les récoltes. En Auvergne, on dessinait une croix sur la bûche avant de la mettre à brûler, pour protéger la famille pour l'année à venir. En Languedoc, c'était aussi le plus jeune de la maisonnée qui la bénissait et lui jetait du sel, du pain et du vin avant d'y mettre le feu. Là encore, ses cendres portaient bonheur. En Limousin, on ne la coupait que le soir même. On en en gardait soigneusement les copeaux et les cendres que l'on répandait dans les champs pour obtenir de bonnes récoltes. En Provence, on lui attribuait des vertus prédictives.

Joyeux Noël à tous !

medium_13desserts5.jpgRecette de la Pompe à huile ou Fougasse d’Arles
La Pompa d'Oli
- 1 kg de farina
- 250 gr de sucre fin
- 20 gr de levadura de fornier (levure boulangère)
- 1/2 veire de flor d'irangier
- 200 gr d'oli d'oliva
- 2 pels d'iranje raspadas
* Mesclar tot aquo dins un ensaladier per far una bola (une boule)- Cobrir amb una torca (torchon)- Daissar pausar 3 oras dins un luoc caudet (repos 3 heures dans un endroit chaud)
- Al cap de 3 oras, far una galeta de 3 cm d'espessor - Far de talhs amb cotel (faire des entailles sur la galette)
- Coire al forn doç, survelhar que rabine pas !!!! ;-), Plantar un cotel dedins.
Se sortis sec es bon.
(cuire à four doux, surveiller), (le couteau planté dedans doit ressortir sec)

Marc Ayral ©

Commentaires

superbe et alléchant article mon cher Marc que je vais éditer et lire à haute voix ce soir au coin du feu pour perpétuer auprès de ma famille l'art de vivre du pays d'OC

Joyeuses fêtes pour toute ta famille et bises à ta maman Ginette de ma part et de celle de mon épouse

Écrit par : ulysse | 24/12/2006

Joyeux Noël à Vous et votre famille

Écrit par : isa, margot et diego | 24/12/2006

Dans ma famille, on prépare aussi les "mendiants" : on ouvre une figue sèche dans laquelle on place noix, noisettes et amandes...
Merci Marc.
Et joyeux Noël.. Joyeux Noël !!!

Écrit par : Gene | 24/12/2006

merci pour la recette de la Pompa a l'òli, es un estofador ... mais c'est bon! surtout avec un peu de confiture de figues par dessus...
A propos des rituels de Noël, il est important de rappeler que la symbolique chrétienne s'est emparée de rites beaucoup plus anciens que le christianisme. La période de Noël est celle du solstice d'hiver. Les traditions qui mettent en jeu le feu ne sont pas une célébration de la "Lumière de Dieu" mais bel et bien, à l'origine, un encouragement symbolique au retour de jours plus longs. Soc de Nadal (bûche) en Languedoc, Cacha-fuòc et gavèla d'espic ( bouquet de lavande enflammé) en Provence, Halha de Nadau en Gascogne, ...
Voilà, les laïques y trouveront donc aussi leur compte ...!
E coma ara, Nadal es passat,
BONA ANNADA,
PLAN GRANADA,
DE PLAN MAITAS ACOMPANHADA
... à l'auteur de ce blòg et à tous ses lecteurs
lo Jaume

Écrit par : Jacques DIDIER | 29/12/2006

Merci pour votre article qui perpétue les traditions et nous invite à nous souvenir des anciens.
Bonne fête de Noël à vous et à tous les lecteurs, meilleurs vœux pour la nouvelle année qui approche.

Écrit par : Fabienne | 25/12/2014

Les commentaires sont fermés.