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31/12/2006

Occitanie : Un état? une nation? un pays? un espace culturel? un mythe?...

medium_fr-occitanie.JPGMas perqué, perqué (mais pourquoi, pourquoi)
M'an pas dit a l'escòla (ne m'ont-ils pas dit à l'école)
Lo nom de mon Païs? (le nom de mon Pays)
Qu'aviâ tuat mon Païs (qu'ils avaient tué mon Pays)
La lenga de mon Païs ? (la langue de mon Pays)
La lenga de nòstre Païs? (la langue de notre Pays)


Ainsi résonnait la voix du chanteur occitan Claude Marti au début des années 70. Cette note pour préciser encore les principaux élements de ce qui a constitué -hier et aujourd'hui- l'Occitanie. Je laisse le stylo à Maurici Andrieu artiste dramatique, historien local, journaliste et présenteur d'émissions en occitan sur F3.


"Un état, certes non; du moins pas pour le moment.
Une nation, peut-être; si, distincte de l'état, la nation représente un peuple doté d'un fond linguistique et culturel commun et surtout d'un esprit et d'aspirations communes.
Un pays, à coup sûr; entre la Méditerranée et l'Atlantique, des Alpes aux Pyrénées; pays ouvert et de passage que certains ont voulu appeler l'isthme gaulois; pays montagnard aussi surtout, véritable conservatoire de groupes humains et de traditions qui remontent pour la plupart à la plus ancienne préhistoire, préindoeuropéenne.
Espace culturel, incontestablement; celui où se parlait, où se parle encore, bien que très occultée, la chantante langue d'oc, porteuse de mille ans de littérature et qui a été la langue de la poésie pour toute l'Europe, jusqu'en Hongrie, aux 12e et 13e siècles, et qui reste la clef la plus efficace pour aborder les autres langues latines vraies que sont l'italien, l'espagnol, le portugais et le roumain--sans parler du catalan, la langue jumelle, que certains considèrent comme une simple variante de l'occitan, ce qui définirait un vaste complexe linguistique et culturel étendu de Valence du Rhône à Valence d'Espagne, et même au-delà jusqu'à Alicante, et de Bordeaux à Nice, en se moquant des frontières d'état, se répandant dans le Val d'Aran et dans les vallées du Piémont italien, sans compter les îles Baléares, l'Alguer en Sardaigne et Guardia Piemontese en Calabre.
Et il faut savoir que, bien que souvent appelée romane, comme au moyen-âge, la langue occitane est enseignée, entre l'Europe et l'Amérique, dans plus de cent universités et même jusqu'au Japon.
Mythe? Qui sait?... Il y a bien des gens qui disent que l'Occitanie n'existe pas et n'a jamais existé! Et c'est bien là justement le miracle, car sans avoir jamais bénéficié d'aucune structure d'état souverain, en permanence envahi, occupé, soumis, déchiré, asservi, par les Gaulois, les Romains, les Wisigoths, les Francs et finalement par les Français, cet espace occitan, ce pays que l'on pourrait croire virtuel, se dresse éblouissant et plus vrai que s'il était enfermé entre des frontières officielles reconnues de tous.
medium_carcassonne_2.jpgConcrètement, l'Occitanie représente le tiers sud méditerranéen de l'état français, soit trente-deux départements, sauf les Pyrénées Orientales catalanes et la moitié basque des Pyrénées Atlantiques. Treize à quatorze millions de personnes l'habitent dont huit comprennent la langue occitane, cependant que seulement trois à quatre millions de ces dernières la parlent, sous la forme de l'une de ses six variétés dialectales: gascon, languedocien, provençal, limousin, auvergnat et vivaro-alpin. Il faut leur ajouter, dans l'état espagnol, le Val d'Aran, autonome à l'intérieur de l'autonomie catalane, le seul endroit au monde où l'occitan, dans sa forme gasconne, soit langue officielle, et dans l'état italien, une dizaine de hautes vallées du Piemont, du côté de Coni.
Historiquement, l'espace occitan a été presque de tout temps en opposition avec l'espace français, du fait d'un peuplement différent ou de condtions politiques contraires, déjà dès la préhistoire ou, plus près de nous, avant même la naissance de la langue occitane vers 800-850, avec les cinq tentatives de mise en place d'un royaume d'Aquitaine indépendant des royaumes francs d'Austrasie et de Neustrie, entre 555 et 852.
Cette entreprise indépendantiste fut bientôt reprise par les ducs d'Aquitaine et surtout, à partir de 920-950, par les comtes de Toulouse qui dominaient un vaste territore, d'Agen à Forcalquier, où au contact de la civilisation arabo-andalouse voisine, non seulement s'épanouirent, en premier en Europe, les sciences et techniques héritées par les Perses de l'antiquité grecque, mais où naquit encore l'art poëtique des troubadours qui inventèrent la "fin" amour -- l'amour courtois -- et les vertus qui l'accompagnaient: mesure, largesse, égalité, jeunesse et joie.
Cest dans ce contexte d'ouverture et de tolérance que se developpa l'hérésie cathare qui servit de prétexte à la croisade albigeoise (1209), à la création de l'Inquisition (1229) et à l'annexion par le roi de France des terres de Toulouse (1271) qui devança de beaucoup celle de l'Aquitaine et de la Provence et qui anéantit la civilisation des troubadours.
Sa destinée politique étant stoppée pour longtemps, il restait encore à l'Occitanie une resplendissante vocation culturelle et littéraire, avec trois renaissances avérées dont la dernière, depuis les années 1970 se teinte à nouveau de politique, avec une revendication autonomiste parallèle à une éclosion nouvelle de la chanson, personnifée par Claudi Martí, Rosina de Pèira, Miquèu Montanaro, Jan Maria Carlotti, Jan dau Melhau et bien d'autres (ndlr : Massalia Sound System, Moussu T, Fabulous Tobadors, les Goulamas, Les Mourres de Porc, Fai tirar Marius, etc.). Renouveau aussi du théâtre, illustré par de nombreuses troupes d'amateurs et par les professionnels de "La Carrièra", "La Rampe", medium_la_20rampe.jpg"Comèdia dell'Oc", "La Gargamelle" ou la "Comédia Occitana Tolzana." La création d'écoles occitanes -- les calandretas -- et de sections bilingues occitan-français dans les établissements de l'éducation nationale, cependant que paradoxalement la pratique publique de la langue recule.
Un espoir: la signature par l'état français de la charte européenne des langues minorisées et l'entrée dans l'Europe qui obligera sans doûte ce même état à reconnnaître sa diversité linguistique et culturelle."


Marc Ayral ©

Commentaires

Adishatz,per 2006
Framboisine

Écrit par : framboisine | 31/12/2006

bon année mon ami, embrasse ma ginette de ma part stp quand tu la verras

Écrit par : pierrot le zygo | 31/12/2006

Bon réveillon et bonnes fêtes
Attention au mal de tête...
Salutations
Marc

Écrit par : Marc.Rode | 31/12/2006

reçu la photo, un coup au coeur ..
a demain ou avant
gros bisous
maman

Écrit par : ginette | 31/12/2006

Je me suis permit de faire suivre le po

Écrit par : carabasse pierre | 01/01/2007

Mon message précedent a eu un problème de liaison internet, je recommence.

Je me suis permis de faire suivre le poème de Claude Marti à mes amis polynésiens de souche et d'adoption et, aussi, de le traduire en tahitien. Voici le résultat :

Ia Orana i te Matahiti Api, (Bonjour et bonne nouvelle année)

En ce dernier jour de l'année 2006, je ne vous parlerai pas de politique.
Je vous adresse un petit poème en occitan de Claude Marti, traduit en français et que j'ai essayé de traduire en reo maohi (mes amis me corrigeront)
Mon message : la langue n'est pas primordiale, ce n'est que le véhicule de la pensée, l'important ce sont les idées...

Mas perqué, perqué
M'an pas dit a l'escòla
Lo nom de mon Païs?
Qu'aviâ tuat mon Païs
La lenga de mon Païs ?
La lenga de nòstre Païs?

Mais pourquoi, pourquoi
Ne m'ont-ils pas dit à l'école
Le nom de mon Pays
Qu'ils avaient tué mon Pays
La langue de mon Pays
La langue de notre Pays


Rå nô te ahu, nô te ahu
E parau huna i te fare ha'api'ira'a
Te oha tô'u Fenua
Nå råtou taparahi tô'u Fenua
Te reo i tô'u Fenua
Te reo i tô tåua Fenua

Pierre

Écrit par : carabasse pierre | 01/01/2007

Les commentaires sont fermés.