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14/12/2008

Julien Dray : "Non la partie n'est pas finie, «game over» comme le dit de façon insultante Hamon."

Député socialiste de l'Essonne et ancien porte-parole du PS, Julien Dray a soutenu la motion défendue par Ségolène Royal au Congrès de Reims. Aujourd'hui, il est rejeté dans la minorité et n'est pas tendre avec la nouvelle direction conduite par Martine Aubry.


julien dray.jpgAvec les royalistes, comptez-vous mener encore longtemps l'offensive contre la nouvelle direction du PS ?

Julien Dray. D'abord, je ne suis pas royaliste.

Je suis Julien Dray. Un homme libre et indépendant qui se comporte comme tel. Je me détermine en fonction de mes convictions et de ce qui me paraît juste pour mon pays et pour mon parti. Je ne veux pas me retrouver embrigadé. Je ne suis l'affidé de personne. Ensuite, je ne suis pas en guerre contre mes camarades. Mais la raison va-t-elle enfin l'emporter ? C'est-à-dire travailler ensemble. Je ne céderai pas, comme mes amis, sur cette question. On ne peut pas laisser le PS dirigé par une toute petite équipe, sans expérience politique pour la plupart. Cela va se traduire par une fuite en avant dans la radicalité verbale, avec la pression de l'extrême gauche montante, sans avoir une vision sérieuse et assagie dans la manière dont le PS doit fonctionner.



Il y a un risque, selon vous, que le PS de Martine Aubry devienne la SFIO de Guy Mollet. A savoir un discours de gauche et des pratiques de droite ?

Le risque existe. On ne peut pas, comme lors du conseil national samedi dernier, voter des textes qui n'ont aucun sens ! Cela rime à quoi de dire que l'on ne fera jamais alliance avec le MoDem ? La même qui dit cela, Martine Aubry, a fait alliance localement avec le centre ! Cela rime à quoi de dénoncer la vision unilatérale des Etats-Unis au moment de la victoire de Barack Obama ? Le PS ne peut pas avoir toujours cette vision antiaméricaine systématique. On dit tout et son contraire. Nous ne sommes pas cohérents.


Vous êtes sévère avec la feuille de route de la direction, que vous jugez «nulle»...

J'assume. C'est très méchant, même si je n'ai pas, comme certains, jusqu''à compter les fautes d'orthographe du texte d'orientation ! Ce texte est une regression intellectuelle, comme le dit Vincent Peillon. Notamment sur l'insécurité. Nous avions progressé, nous n'avions plus seulement une vision sociologique naïve de la montée de la violence. Sur ce point, le texte revient en arrière en adoptant la grille de lecture de la gauche des années 1970-1980. Il n'est pas en prise avec la réalité. La réponse du parti ne peut pas être : on prend nos baskets et on descend dans toutes le manifs. Il faut aller dans les cortèges, mais le PS a volonté aussi à gouverner le pays. Il a vocation à donner une transcription réaliste d'une contestation radicale.


Mais pourquoi tant de haine entre Ségolène Royal et Martine Aubry ?

On n'est pas obligé de s'aimer pour travailler ensemble ! La haine n'est pas de notre fait. L'ouverture était possible. A aucun moment, il n'y a eu de discussions de la part de la nouvelle direction pour trouver des solutions.


La direction du PS est-elle verrouillée ?

Oui. Ce n'est qu'une minorité qui dirige le parti. Benoît Hamon est le porte-parole, mais il ne représente que 18% du PS !


Auriez-vous pu travailler avec Martine Aubry ?

Je ne demandais rien. Il faut un renouvellement. Je me dis en même temps qu'il y a un discours qui commence à me «courir». Si on me dit qu'à 53 ans, je suis bon pour la retraite, c'est un message adressé à toute une génération qui commence à être désagréable. Par rapport à Martine Aubry, je suis l'un des socialistes qui a le plus contribué par le biais de SOS-Racisme à la relève générationnelle. Mais attention, l'expérience politique cela sert aussi et c'est utile face à Sarkozy.


C'est possible ou non de travailler avec elle ?

Rien d'irrémédiable n'a encore été définitivement acté. Je me bats avec mes amis et nous le ferons jusqu'au bout pour que l'irréparable ne se produise pas. Non la partie n'est pas finie, «game over» comme le dit de façon insultante Hamon. Je ne suis pas dans un jeu.


Y-a-t-il un risque d'éclatement au PS ?

Le risque d'éclatement existe si Martine Aubry ne rassemble pas. A elle de prendre ses responsabilités. Elle doit tourner la page de Reims, elle ne l'a pas encore fait.


Vous ne seriez pas prêt à rentrer au gouvernement comme certains le disent ?

Avec Sarkozy, il faut toujours avoir un jugement rationnel, pas passionnel. Je le connais personnellement. Nous avons grandi ensemble en politique. Mais non. Mes électeurs m'ont élu député socialiste. Je ne vais pas les trahir


Entretien paru dans le Parisien du 12/11/08

Marc Ayral

Commentaires

Il a l'estomac accroché Julien Dray... La posture morale du donneur de leçons, dans sa situation, c'est compliqué quand même. Il faut rappeler que le nombre de ces tournants idéologiques relèvent du parcours du rallye des Cévennes.
Hollande avait choisi un conformisme mou, on l'a critiqué... à juste titre d'ailleurs. Pourquoi ne pas accepter que la direction actuelle tranche ? Après tout, qu'aurait fait Royal à sa place ?
Ces discours montrent bien que l'un des vrais problèmes du PS est la gestion des égos qui hurlent au loup quand on leur enlève la soupe...

Écrit par : Olivier34 | 14/03/2009

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