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09/07/2007

"Le deuil m'étreint : René Thomas est mort"

Lorsque j’ai appris le décés de René Thomas une grande tristesse et une immense nostalgie m’ont traversé, medium_edmond_maire_et_rené_thomas_cfdt.jpgcomme une lame qui veut blesser. J’ai connu René Thomas, alors que, jeune militant de la Cfdt, issu comme lui de la même fédération des ptt, il avait pour nous jeunes postiers une attention et j’ose dire une affection particulière. Attentif, à nos luttes, à nos revendications, à notre évolution, à notre formation de jeunes cédétistes. Je me souviens, d’un 1er mai dans son mas maritime de Marseillan, amitié, convivialité et partage des luttes du moment. Je vous laisse découvrir l’hommage que Jean-Louis Escafit –son successeur à la tête de l’Uri- a rendu dans le dernier N° de Cfdt magazine :

Dimanche 3 juin, de retour d'un séjour à Rosas, René THOMAS est mort brutalement à Perpignan, dans sa 80ème année. Ainsi vient de nous quitter celui qui fut jusqu'en 1980 le deuxième secrétaire général de l'Union Régionale CFDT LanguedocRoussillon. Max FRAISSE, qui avait été le premier, l'avait sollicité pour sa succession, grâce à une inter professionnalisation du droit syndical contractualisée avec la fédération des PTT (aujourd'hui F3C), alors que René venait d'être banni des établissements des PTT du Languedoc-Roussillon par sanction disciplinaire pour une action intersyndicale qu'il avait mené. A travers les lignes en occitan que m'a adressé le 5 juin, depuis la ville de Florence, Robert LAFONT, le célèbre écrivain et intellectuel occitaniste, on perçoit que la reconnaissance de ses qualités militantes et humaines débordait très largement le milieu de la Poste et des instances CFDT :

"Lo dàu m'estrenh. Ai perdut un amic car qu'èra tanbèn una cara eminènta dau combat sendicau. Andan obrier agricàla de Massi/han, Renat Thomas èra estat delegat au centre de tria postala de la Gara de Lion a ParIs, puèi tot parièr a Monpelhièr. Devia pagar sota la repression son engatjament. Aviam començat a caminar ensems soto la bandièra occitana un fam6s 29 d'abriu de l'Esplanada au Peiron. Puèi dins totei leis assags que se faguèron per pas laissar morir la revindicacion, dins la rejoncha significatiya CFDT (que 10 Renat era devengut secretari regionau), CGT (pen'te a Grevo!), movement viticàla (pense a Huillet), fogueriam ensems, sempre occitans declarats. Renat foguèt per ieu coma un fraire. Foguèt tanben l'imatge dau pàble d'oc, 10 qu'avia fach en vista d'istària 1907. Es la destinada dei vius de morir; mai lei grands vius escapan a sa fin dins la memària de sei combats. ° des ire per tu, Renat."
Robèrt Lafont

Traduction : "Le deuil m'étreint. j'ai perdu un ami cher qui était aussi une figure éminente du combat syndical. Ancien ouvrier agricole à Marseilhan, René Thomas avait été délégué au centre de tri postal de la Gare de Lyon L Paris, puis à celui de Montpellier. Il devait subir la répression pour son engagement. Nous avions commencé à avancer ensemble sous le drapeau occitan un fameux 29 avril (1976) de l'Esplanade au Peyrou. Puis dans toutes les tentatives qui ont eu lieu pour ne pas laisser mourir la revendication, dans la jonction significative de la CFDT (dont René était devenu secrétaire régional), de la CGT (je pense à Grevoul) et du mouvement viticole (je pense à Huillet), nous avions été ensemble, toujours occitans déclarés. René a été pour moi comme un frère. Il a été également l'image du peuple d'Oc, celui qui avait fait 1907 en perspective d'Histoire. C'est la destinée des vivants de mourir; mais les grands vivants échappent à leur fin dans la mémoire de leurs combats. Je le souhaite pour toi, René."

Durant les obsèques le 6 juin à Marseillan, on a reconnu indissolublement lié l'homme et le militant CFDT à travers le témoignage de Pierrick CLOAREC s'affichant comme l'un des nombreux fils de René en syndicalisme, puis celui d'Antoinette APICELLA, évoquant en particulier son travail de terrain pour former quasi clandestinement des militantes et des militants aptes à faire reconnaître leurs droits de salariés face à des patrons de choc. René THOMAS avait commencé à militer à la CFTC quand il était ouvrier agricole à Marseillan. Condamné à quitter son "pays" pour trouver un emploi plus stable, il est devenu un postier, responsable syndical en centre de tri. C'est la répression antisyndicale dans la fonction publique qui le conduira à prendre la responsabilité exécutive de l'URI CFDT créée en avril 1972. Figure de proue dans la construction d'un projet syndical pour vivre, travailler et décider au pays, on l'a vu organiser et accueillir les ventes de montres sauvages pour Lip ou incarner la présence CFDT auprès des paysans du Larzac résistant à l'extension du camp militaire. -Pour la dimension humaine et conviviale on se souvient des grillades de poisson frais préparées par René, qui entrecoupaient des réunions syndicales en plein air à son cabanon de Marseillan-Plage. Comme le dit Jean-Louis BAUZON, "René, cet homme fort et infatigable, capable de montrer son émotion, avait une telle sensibilité qu'il donnait au syndicalisme qu’il incarnait un vrai visage humain". C'est une figure du mouvement syndical de la région, mais aussi de la création littéraire populaire ("club des poètes" de Fabrègues) qui nous quitte. Le livre "l'histoire de notre avenir" publié par l'UR CFDT servira à maintenir vivante la mémoire de ses deux premiers secrétaires généraux, Max FRAISSE et René THOMAS. Pour les femmes et les hommes qui composent aujourd'hui la CFDT des pays occitans et catalans, la mort de frères en combat syndical de cette trempe est une occasion de rappeler, à travers leur témoignage de vie et d'espérance, la nécessité de briser les chaînes de l'égoïsme, et donc de renforcer notre syndicalisme solidaire et émancipateur.

Joan-Lois ESCAFIT, avec la contribution amicale de Jean-Louis BAUZON

Photo : René Thomas aux côtés d'Edmond Maire lors d'une visite à Montpellier.

Marc Ayral

01/05/2007

François Chérèque : Sarkozy nous dit de négocier en fixant d'avance le résultat. Cette méthode ne nous convient pas!

medium_francois_chereque_1er_mai_paroles_de_balaruc.jpgÀ quelques jours du 1er Mai et du second tour de l'élection présidentielle, le secrétaire général de la CFDT prévient, dans une interview publiée dans Les Échos, de son désaccord sur la méthode de négociation de Nicolas Sarkozy.

Le 1er Mai tombe entre les deux tours de la présidentielle. Partagez-vous le mot d'ordre de Bernard Thibault, qui appelle implicitement à en faire une journée de mobilisation contre Nicolas Sarkozy ?
Non. La CFDT ne veut pas entrer dans une démarche de mobilisation contre tel ou tel candidat. Depuis un quart de siècle, nous refusons toute expression partisane dans le cadre des élections. C'est ce qui explique, d'ailleurs, pourquoi je manifesterai à Metz, la CFDT d'Île-de-France s'abstenant de participer à des manifestations dans un contexte de campagne électorale.

Le discours du candidat UMP sur l'identité nationale ne justifie pas une mobilisation comme celle de 2002 contre Jean-Marie Le Pen ?
Nous ne confondons pas l'UMP et le Front national. Cela enlèverait tout crédit à notre initiative de 2002. À l'époque, il s'agissait de défendre la démocratie. Cela ne nous empêche pas d'avoir certaines inquiétudes sur les propos tenus par Nicolas Sarkozy sur l'identité nationale, la répression de la délinquance ou la génétique. Nous souhaitons qu'il précise ses propos avant le 6 mai.

Vous ne partagez pas non plus la crainte de la CGT d'une remise en cause des libertés syndicales ?
Je ne me positionne pas par rapport à la CGT mais au nom de la CFDT. Il existe une loi, votée en janvier 2007, qui engage tout gouvernement à passer par la négociation avant de légiférer. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se sont engagés à la respecter. Quel que soit le président élu, nous demanderons la mise en place d'un agenda social, sous la forme d'un sommet dès le mois de juin. Il permettra de définir ce qui est de la responsabilité des partenaires sociaux, ce qui est de la responsabilité de l'État et ce qui est de la responsabilité commune. Nous nous réjouissons d'un retour au débat politique. Si nous voulons que cela continue, il faut que les syndicats prennent leurs responsabilités en faisant fonctionner la démocratie sociale.

Les syndicats en sont-ils capables, compte tenu de leur faible représentativité ?
Si nous n'en sommes pas capables, il faudra arrêter de se plaindre des politiques qui nous empêchent de négocier. Nous avons mis en place des groupes de travail avec le patronat sur la sécurisation des parcours professionnels, les contrats de travail et l'assurance-chômage. Nous en ferons le bilan le 14 mai. Il y aura ensuite une réunion avec l'ensemble des leaders syndicaux. C'est à ce moment-là que nous pourrons évaluer notre capacité à avancer sur les sujets importants, et l'engagement réel des uns et des autres.

Peut-il y avoir un risque de troisième tour social si Nicolas Sarkozy accède à l'Élysée ?
Le principe du troisième tour social, c'est de contester dans la rue le résultat des urnes. C'est une démarche antidémocratique. Le taux de participation a été de 85 % au premier tour. Nous allons avoir un président ou une présidente qui aura reçu la légitimité du suffrage universel. C'est la démocratie qui aura gagné et nous respecterons la démocratie.

Cela ne donne-t-il pas une légitimité au président de la République de légiférer sans votre accord ?
Ce serait une démarche plébiscitaire et référendaire. Or une élection présidentielle n'est pas un référendum sur l'ensemble des mesures proposées par le candidat lors de sa campagne. La capacité de bien réformer vient autant du contenu des réformes que de la méthode choisie pour les mettre en oeuvre. Attention : la reconnaissance de tel ou tel candidat par les urnes n'empêchera pas forcément un épisode comme le CPE. C'est pourquoi j'insiste sur la nécessité d'avoir, dès le mois de juin, un sommet de méthode sociale. Je rappelle que, à chaque fois qu'un gouvernement a voulu mettre en oeuvre deux réformes en même temps, il en a fait échouer une et rendu l'autre difficile.

Voyez-vous dans l'émergence d'une force centriste une modernisation de la politique française ?
Je vois que, pour la première fois, au deuxième tour, nous avons deux candidats qui reconnaissent l'économie de marché. La candidate socialiste dit clairement que les entreprises ne doivent pas se sentir coupables de faire des bénéfices. Et tous les candidats qui avaient soutenu le « non » au référendum ont été laminés. La question est donc maintenant : comment réguler cette économie de marché ? C'est cela qui recentre le débat politique.

Prenez-vous au mot Ségolène Royal lorsqu'elle promet, si elle est élue, de suspendre le plan social d'Airbus ?
On se retrouve dans la même situation à l'égard d'Airbus que vis-à-vis de Danone en 2002. Tous les candidats étaient venus dire aux salariés de Danone combien leur patron était malveillant et puis, après les élections, tout cela a été vite oublié. La suspension de Power 8 nous va bien, si c'est pour reconnaître qu'Airbus a besoin d'un autre plan. Car la situation d'Airbus n'est pas facile.

Que pensez-vous du sondage publié récemment par Liaisons sociales qui met en évidence un déplacement vers le centre des sympathisants de la CFDT ?
Il n'est pas étonnant qu'un syndicat comme la CFDT qui a l'ambition de représenter tous les salariés soit à l'image de l'électorat en général. Cela fait déjà quelque temps que les sympathisants de la CFDT se recentrent sur les partis de gouvernement et qu'ils laissent peu de place aux extrêmes.

La « finale » de la présidentielle traduit un choix entre deux grandes politiques économiques : une politique de l'offre défendue par Nicolas Sarkozy, une politique de la demande soutenue par Ségolène Royal. Selon vous, de quoi la France a-t-elle besoin aujourd'hui ?
Des deux. Personne ne peut dire que les salariés n'ont pas besoin de pouvoir d'achat. C'est une revendication constante de la CFDT depuis 2005. Cela dit, pour redistribuer de la richesse, il faut la créer. L'économie française doit retrouver le chemin de l'emploi et du développement. Elle n'y parviendra pas seule. Il lui faudra aussi s'appuyer sur la relance des politiques européennes, thématique trop absente de cette campagne.
Pourtant, il est question de compétitivité fiscale...
C'est bien de s'interroger sur le poids des charges et des impôts, mais on ne peut pas aborder ces problèmes sans s'interroger sur le rôle de l'État, les missions qu'on veut lui voir jouer, en termes de cohésion sociale, de garant des libertés publiques, d'éducation et de culture. Voilà le débat qu'il faut avoir dans cette dernière semaine de campagne. Les candidats se sont largement exprimés sur les revendications des salariés. Ils doivent maintenant nous dire comment ils y répondent. Nous attendons des candidats qu'ils soient autre chose que des « superdélégués du personnel ».

Est-ce une bonne idée à vos yeux d'expérimenter la TVA sociale ?
Il faut cesser de traiter la fiscalité par appartements. La TVA sociale doit s'inscrire dans une cohérence fiscale, sinon elle ne fera que renforcer un peu plus l'impôt proportionnel au détriment de l'impôt progressif.

Comme la CSG, que vous avez soutenue !
Cela n'a rien à voir. Le principe de la CSG, instaurée pour financer notamment l'assurance-maladie, c'est que chacun paie en fonction de ses revenus et est soigné en fonction de ses besoins. La CSG, c'est la garantie que chacun reste dans le système collectif de protection sociale. La TVA sociale, c'est l'inverse : ce sont les hauts salaires qui paieront proportionnellement moins et les bas salaires qui paieront plus car ils consomment l'essentiel de leur budget et n'ont pas la capacité d'épargner.

Vous vous êtes rapproché de Bernard Thibault pour tenter d'imposer une réforme de la représentativité. Face à un gouvernement de droite, la CGT ne risque-t-elle pas de retrouver une position contestataire classique qui l'éloigne à nouveau de la CFDT ?
Nous sommes allés suffisamment loin dans cette volonté de réforme pour résister aux pressions. Nous avons pris l'engagement, y compris personnel, d'aller jusqu'au bout sur ce sujet-là. Donner à tous les salariés la capacité de voter pour le syndicat de son choix est un élément fondamental dans l'évolution de la démocratie sociale. Le principe d'élections professionnelles dans l'entreprise est maintenant soutenu par le Medef. La seule à ne pas s'être exprimée, c'est Ségolène Royal. Je souhaite qu'elle nous dise pourquoi elle ne soutient pas la position commune de la CFDT et de la CGT.

Nicolas Sarkozy s'engage à mettre en place une garantie de service minimum dans les services publics dès cet été. Sa démarche vous convient-elle ?
Il nous dit de négocier mais en fixant à l'avance le résultat et le calendrier ! Cette méthode ne nous convient pas. La négociation doit se faire au cas par cas, dans chaque entreprise publique. À la RATP, les syndicats ont fait leurs preuves en mettant en place un système d'alerte sociale pour éviter les conflits. Bizarrement, c'est dans la période où il y a le moins de grèves dans le service public que l'on en parle le plus.

Propos recueillis par Etienne Lefebvre, Jean-Francis Pécresse et Lucie Robequain pour Les Échos du 27 avril 2007
www.CFDT.fr

Marc Ayral ©